Des Formes et l’Histoire

Des Formes et l’Histoire

7 novembre 2020 – 8 janvier 2021
REPORTÉE AU 4 mars 2021

DES FORMES ET L'HISTOIRE

Antoine d’Agata

Nicolas Daubanes

Raphaël Denis

Julien Prévieux

Des Formes et l’Histoire

« Je peux dire qu’un de mes combats les plus constants, (…), vise à favoriser l’émergence d’une science sociale unifiée, où l’histoire serait une sociologie historique du passé et la sociologie une histoire sociale du présent » déclarait Pierre Bourdieu. En d’autres termes, que l’objet social est historique et que l’inverse l’est également.
S’il est question de rebattre le principe de modernité et de l’envisager non plus en « grand signifiant » globalisant comme nous y invite Jacques Rancière mais bien comme une nouvelle visibilité de l’art – car « le nouveau ne se sépare pas de l’histoire » – c’est au travers des notions de « représentation » que cette exposition engage sa visée, notamment quant à sa façon d’apprécier l’Histoire dans l’Art. Par le biais de réagencements nous dit le philosophe, et de re-« disposition des images (…) en faisant entrer ce qui ne relevait pas de ces catégories », l’art se permet alors des combinaisons abstraites, formelles et de signes où le passé, le présent et le futur se croisent, se mêlent à une représentation qui serait considérée comme en dehors de lui même, connecté à l’ensemble des réalités et disciplines.
Loin d’un régime exclusivement esthétique de l’art, la question de la mémoire nous montre aussi qu’elle se distingue du travail de deuil.
Qu’est l’événement ? Que contient-il et comment l’extraire de son historicité ?
Si la Seconde Guerre Mondiale est un sujet central dans le travail de Nicolas Daubanes, comme celui de Raphaël Denis, le passé n’est pas seul à faire action. Dans cette même logique, le présent saisit. La série « Virus » d’Antoine d’Agata réalisée durant le confinement nous fait passer par ce présent qui vit en intérieur et en extérieur, le drame de la Covid et de l’isolement. Ceci nous conduit ensuite avec Julien Prévieux aux gestes du futur dont nous demeurons sans cesse les ignorants en passe de savoir. Ce réagencement des signes par l’art semble participer de la production de l’Histoire au même titre que son étude.
Quatre artistes, chacun avec leurs intentions, s’emparent de « l’événement ». Une façon de questionner conceptuellement et formellement la représentation du cours de l’Histoire mais aussi la manière dont les formes se meuvent à travers un propos qui relate, qui conserve, qui archive ou fictionne. Comment s’articule le récit ou l’information, le temps et l’action. Quelle œuvre pour quel discours ? Quatre artistes dotés de quatre écritures constituent ici un panel de possibles à l’Histoire. Une façon d’observer les torsions produites ou à venir du temps dans un mouvement avec les manifestations qu’elles génèrent, quitte à venir à « dé-former » le récit officiel.

Fanny Lambert, commissaire de l’exposition
(Extrait du texte de l’exposition)